Pourquoi fallait-il que le Christ Jésus soit vrai homme et vrai Dieu pour nous sauver ?

lundi 24 novembre 2025
popularité : 14%

Vous appréciez la présence de notre site sur le Web : vous pouvez faire un don à la communauté dans laquelle je vis (cliquer ici pour voir comment procéder)


Cet article fait suite à la rencontre du samedi 15 novembre 2025 d’une Fraternité laïque dominicaine.


Table des matières



La proclamation du concile de Chalcédoine

Lorsque le christianisme est devenu la religion de l’Empire romain, l’Église a dû répondre officiellement à la question suivante : qui est Jésus pour prétendre sauver l’humanité et la création entière ? Un homme vertueux élu de Dieu – et donc pas Dieu lui-même ? Dieu prenant l’apparence humaine, mais seulement son apparence – et donc pas un homme ?

Le quatrième concile œcuménique du christianisme, le concile de Chalcédoine, a apporté en 451 une réponse qui approche le mystère de la personne de Jésus de la manière sans doute la moins insatisfaisante : Jésus est vrai homme et vrai Dieu.

« Un seul et même Christ, Fils, Seigneur, l’unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation, la différence des natures n’étant nullement supprimée à cause de l’union, la propriété de l’une et l’autre nature étant bien plutôt gardée et concourant à une seule personne et une seule hypostase,… »

Je voudrais donner ici des raisons non de nécessité mais de convenance, pour reprendre la distinction de Thomas d’Aquin (v.1225-1274). Il ne s’agit pas de démontrer par des raisons nécessaires ce qui relève de la foi comme attitude existentielle (fides qua en latin) mais plutôt de montrer en quoi la double nature du Christ ne contrevient pas aux exigences de la raison, au contraire.


L’image de la porte

L’image de la porte peut nous aider dans notre quête d’intelligence de la foi. Jésus utilise cette image pour se décrire dans l’évangile de Jean :

Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. [1]

Une porte est constituée de deux faces, l’une donnant sur l’extérieur et l’autre donnant sur l’intérieur, elle sépare deux lieux tout en permettant le passage de l’un à l’autre.
Par analogie, en Jésus Dieu vient vers l’homme comme l’homme vient vers Dieu, et ce passage nous vaut le salut en ce que celui qui « passe » par lui – qui croit en la puissance de salut qui se déploie en Jésus Christ – accède aux pâturages célestes – entre dans la vie éternelle de Dieu.

Nous pouvons entendre en écho la formule célèbre d’Irénée de Lyon (122- vers 200) : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu »

Voilà une façon imagée de rendre compte de l’exigence que le Christ Jésus soit vrai homme et vrai Dieu pour nous sauver. Passons à une argumentation plus conceptuelle.


1. Il fallait que le Christ Jésus soit vrai Dieu

Tentons un raisonnement par l’absurde : si Jésus n’est pas Dieu, alors tout ce qui lui arrive ne concerne que lui : comment la mort d’un homme pourrait-elle transformer l’humanité entière, comment pourrait-elle valoir la libération du péché pour tous ceux qui le confessent comme le Christ ? Et comment sa résurrection et son ascension dans le ciel pourraient-elles ouvrir la voie vers le Père à tous les hommes ?

Jésus serait alors au mieux un modèle à suivre, et sa geste de sa naissance à sa mort et sa résurrection n’a de valeur qu’exemplaire.
Mais alors, comment justifier la prétention à un changement radical de l’ordre du monde, à un ébranlement des assises mêmes du monde provoqué par la mort et la résurrection du Christ, s’il n’est qu’un homme ?

10§ Si l’on suit ce raisonnement par l’absurde, il fallait donc que le Christ soit Dieu pour que ce qui arrive à cet homme-là concerne tous les hommes de tous les temps, de toutes les cultures, et pas seulement l’humanité mais aussi la création tout entière, de l’infiniment petit à l’infiniment grand.


2. Il fallait que le Christ Jésus soit vrai homme

11§ Après Irénée de Lyon, citons un autre Père de l’Église, Grégoire de Naziance (329-390) :

Ce qui n’est pas assumé (sous-entendu par Dieu) n’est pas sauvé / guéri [2].

12§ Il s’ensuit que si Dieu ne se fait pas homme, l’homme ne peut pas être sauvé. Il a fallu que Dieu épouse entièrement la condition humaine : petite cellule nichée dans le sein de sa mère, il est né, a grandi, il a appris à être propre, à parler, à prier dans les mots de la religion juive. Il a connu les joies et les peines de la condition humaine. Il a connu l’amour de sa mère, de son père, il a appris ce que c’est que de perdre un ami avec Lazare, il a connu la trahison d’un intime, il a éprouvé dans sa chair et son âme l’angoisse de la mort au jardin des Oliviers, il a éprouvé la cruauté des hommes dans la prison et sur la croix.
Lui qui était sans péché, il a connu les effets du péché dans sa chair, à savoir la mort. En tout, il nous a été identique, sauf dans notre condition peccamineuse.

13§ Dans la suite de l’adage de Grégoire de Naziance, nous disons que Jésus a assumé notre condition humaine dans son intégralité, hormis la condition pécheresse, résultat de la faute d’Adam et Eve, et c’est en cela qu’il guérit, qu’il la sauve pour « nous et pour la multitude ».


Développement sur l’absence de la condition pécheresse en Jésus

nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché.
Hébreux 4,15 [3]

14§ Certains diront : « Mais si Jésus n’a pas péché, il n’a donc pas été un homme entièrement comme nous, et donc son salut ne peut pas nous atteindre si l’on suit Grégoire de Naziance ».

15§ Leur présupposé est que l’homme est constitutivement pécheur, comme l’expérience quotidienne semble le montrer. De fait, la Bible nous dit que, depuis la faute d’Adam et Eve, l’être humain, et avec lui toute la création, est traversé par une faille par laquelle le mal et la mort se répandent. Mais cela n’était pas le cas au début de la création, autrement dit la condition peccamineuse à l’œuvre dans l’être humain et la création ne leur est pas « essentielle » (constitutive si l’on préfère) mais « accidentelle » (conjoncturelle).

16§ Et le Verbe fait chair, Jésus Christ, nous donne à voir l’être humain tel qu’il était avant la chute et tel qu’il doit être, il nous montre ce qu’est la vraie condition humaine : nous sommes constitutivement faits pour servir et adorer Dieu avec la création et dans la création, c’est là notre vraie constitution que le Christ restaure par sa vie, sa mort, sa résurrection et son ascension.

17§ Jésus est ce nouvel Adam, ce nouvel « humain » qui rejoue la scène initiale de la tentation au jardin d’Eden, mais qui réussit l’épreuve là où Adam a échoué : tenté par le diable au début puis à la fin de son ministère, il n’a pas douté de la bonté de son Père, il a obéi au commandement d’aimer Dieu de tout son être sans rien garder pour lui.

18§ Jésus a été l’humain qui a obéi de manière parfaite et totale à son père et nous avons à apprendre nous aussi à obéir comme lui. Cela veut dire convertir notre image de Dieu et découvrir ce que signifie Jean quand il écrit : « …Dieu est amour [4] ».


Conclusion

19§ La définition dogmatique du Concile de Chalcédoine a utilisé les ressources du langage philosophique grec pour tenter de dire le mystère de la personne du Christ. Elle s’en approche asymptotiquement pourrait-on dire : la raison humaine pourra toujours plus s’élever vers les hauteurs, il subsistera toujours un écart, certes toujours plus réduit mais jamais réduit à rien, entre ce qu’elle désigne et la réalité.

20§ Le mystère ne s’éclaire que si c’est lui qui vient nous éclairer, quand l’Esprit Saint vient nous éclairer en nous révélant ce qui se passe à l’intime de Dieu par un langage qui est au-delà des mots.


© frère Franck Guyen op, novembre 2025


[1Jean 10,9

[2Le mot « sauver » vient du latin salvare dérivé de salvus « bien portant »

[3Voir aussi 2 Cor 5,21 :
Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.

[41 Jn 4,9


Bienvenue sur le site