Analogie de notre relation à Dieu avec la relation enfants - parents

dimanche 28 septembre 2025
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Aparté sur le mot « mystère » qui en grec renverrait à une révélation, tandis que l’équivalent hébreu renverrait à un secret.
Je dirais que les deux sens sont contenus dans le mot : le latin « Mysterium  » latinise le mot grec et a servi pour désigner les sacrements. Or le sacrement a un aspect visible et un aspect invisible : d’un côté, il se donne à saisir par les sens, il est offert publiquement ; de l’autre, il comporte une dimension accessible seulement après une initiation, après une ouverture des yeux de la foi. Fin de l’aparté.


Contenu [1]


L’enfant et les « pourquoi ? »

Personnellement, je trouve féconde l’analogie de la relation des enfants à leurs parents avec celle des êtres humains à Dieu.
Prenons la question du « Pourquoi ? » des enfants. L’enfant en bas âge ne cesse de demander des raisons à tout, et j’ai vu un père perdre patience sous l’avalanche de « pourquoi » de son fils.

Les parents ne peuvent pas répondre à leur enfant, non qu’ils n’aient pas la réponse, mais parce que l’enfant ne peut encore la comprendre : l’enfant n’a pas vécu assez longtemps, il n’a pas encore acquis les connaissances de base nécessaires, il n’est pas encore passé par certaines expériences comme celle de la puberté. L’enfant en est encore à une phase inférieure de son développement (ne pas entendre le mot « inférieur » au sens d’un jugement moral).

Je pense que nous nous trouvons vis-à-vis de Dieu comme ces enfants, avec nos questions autour du mal : « pourquoi le mal existe ? « pourquoi Dieu laisse-t-il commettre le mal ? », « pourquoi moi ? », « qu’ai-je fait au bon Dieu pour mériter çà ? », et ainsi de suite.
Mais Dieu ne peut pas nous donner la big picture, la grande image, parce que nous ne sommes pas encore capables de la recevoir.

Le défaut ne vient pas de son côté mais du nôtre. Nous avons à devenir adultes en Christ, en intériorisant sa croix du Christ, en la méditant, en la portant. Il faut se mettre à l’école du divin Maître, il faut apprendre à se laisser guider par les inspirations de l’Esprit saint pour être toujours plus accordé à la volonté du Père.
Il faut du temps pour que ce que nous avons reçu au baptême - les graines de la foi, de l’espérance et de la charité -, exprime son potentiel de croissance, de vie, de force au point de nous transformer totalement et de nous rendre capables d’entrer dans la vision de Dieu.


L’enfant et la traversée de la nuit

Continuons à exploiter l’image de l’enfant et de ses parents.
L’enfant a passé une belle journée, il a joué avec ses amis, il a mangé et bu de bonnes choses, il a éprouvé l’amour de ses parents, un amour qui résiste aux bêtises qu’il a pu faire en leur désobéissant (non sans avoir reçu une punition par ailleurs).
Bref la vie est belle pour lui, sauf que maintenant c’est l’heure de se coucher. Mais demain, retrouvera-t-il ses frères et sœurs, ses amis, retrouvera-t-il l’amour de ses parents ? Est-ce qu’il va arriver à traverser la nuit ? ou bien est-ce elle qui va l’emporter et il n’y aura pas de lendemain ? Est-ce que demain il se réveillera ?
Cette angoisse, l’enfant la vaincra grâce à l’histoire qu’ils lui ont racontée et aux bisous avant de le laisser s’endormir.

L’histoire raconte que demain tu te réveilleras parce que tes parents sont les plus forts du monde, parce que la maison qu’ils ont construite est solide et bien protégée, alors le grand méchant loup ne pourra pas entrer pour t’emporter. Dors en paix.

Nous avons nous aussi une nuit à traverser, celle de la mort. Il s’agit de faire confiance à Dieu, à son amour pour sa création et en particulier pour les créatures humaines et croire qu’il est plus fort que tout ce qui peut nous séparer de lui, y compris la nuit de la mort.
Mais comme l’enfant, nous faisons confiance à Dieu parce que nous avons éprouvé son amour qui dépasse tout ce que nous pouvons penser ou imaginer.

10§ Le Verbe s’est fait chair pour se solidariser avec nous, et s’il n’a pas péché, il a connu les effets du péché dans sa chair, il a éprouvé les affres de la mort comme tout ce qui vit depuis le péché originel : Jésus sait qu’il va devoir traverser la nuit de la mort, mais il se confie à la toute-puissance de son Père.
Cette confiance n’exclut pas l’angoisse de la mort, comme le montre son cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », mais cette angoisse s’inscrit sur un arrière-plan de confiance totale en son Père.
Jésus ne dit pas : « Mon Dieu, pourquoi m’a-t-il abandonné ? » mais « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », autrement dit la relation filiale est maintenue. Jésus se tait ensuite. Désormais, il attend dans le silence de la mort que son Père lui réponde. Et le Père lui répondra, comme dans le psaume 22 dont Jésus a repris l’incipit.

11§ Dire : « Qu’ai-je fait au bon Dieu pour mériter çà ? » joue un peu de la même façon : celui qui le dit ne se résigne pas à l’absurdité de ce qui lui arrive, il lui donne un sens en convoquant la figure de Dieu, certes à la troisième personne du singulier, à la différence de Jésus, mais là aussi la figure de Dieu apparaît plus grande que la situation de souffrance et de mort dans laquelle la personne éprouvée se trouve : l’horizon est certes bouché, mais il n’est pas clos car Quelqu’un se tient au-delà.


Souffrir l’adolescent insupportable

12§ La spiritualité chrétienne occidentale a valorisé la souffrance du Christ, à raison mais parfois aussi à l’excès. Essayons d’entendre ce mot chargé de manière renouvelée.

13§ En français, le mot "souffrance" renvoie à la douleur physique, morale et/ou spirituelle, mais aussi à la patience, à l’endurance : par exemple, quand je dis à quelqu’un : « Souffrez que je vous dise vos quatre vérités », cela signifie que ce qu’il va entendre le mettra mal à l’aise, mais aussi qu’il lui est demandé de le supporter, de l’endurer.

14§ De fait, s’entendre dire ses quatre vérités est désagréable. Je me croyais le roi de la jungle, je pensais être le seul juste, je pensais avoir tout compris mieux que tout le monde, etc.. et en fait je ne suis qu’une personne ordinaire qui affabule pour me faire croire plus grand, plus beau et meilleur que je ne suis.
15§ Mais peut-être dois-je accepter cette souffrance, parce que ce que j’ai entendu de mon ami – et non pas la souffrance que ses paroles provoquent – peut m’aider à sortir de ma bulle imaginaire pour accéder à quelque chose de plus grand et de plus intéressant : la réalité. Et la douleur vient que quelque chose en moi résiste.

16§ La souffrance s’entend ici au sens de patience : j’endure parce que je sais que quelque chose de bon va sortir de cette situation douloureuse, qui de fait est difficile à supporter.

17§ Ainsi des parents qui souffrent des propos et des attitudes injustes de leurs enfants en pleine crise d’adolescence. Ils savent bien qu’il ne sert à rien d’essayer de faire sortir leur gamin de sa bulle de revendications et de critiques négatives : il est en train de sortir de l’enfance et il ne comprend pas ce qui lui arrive, il en souffre alors il fait ses dents sur les figures d’autorité. Les parents endurent cette période pénible parce qu’ils savent que ce gamin insupportable peut devenir un homme ou une femme de bien.

18§ De même, je crois que le Christ pâtit sur la croix [2] parce qu’il sait que ce qu’il vit va apporter le salut au monde. Aussi ne convoque-t-il pas les anges pour le détacher de la croix, résistant ainsi à la tentation des spectateurs qui se moquent de lui en lui disant : « Descends de la croix, toi qui prétends être le favori de Dieu » [3].

19§ En disant cela, les spectateurs ne se rendent pas compte qu’ils jouent les « idiots utiles » de l’ennemi de Dieu, lui qui n’a eu de cesse de tenter Jésus : « Montre-leur que tu es vraiment le Messie, le Fils de Dieu. Prends en main ta puissance et écrase ceux qui se moquent de toi ».
Jésus résiste à cette dernière tentation, qui fait écho aux tentations du début de son ministère [4] : « Je suis effectivement tout-puissant, mais ma puissance, je la reçois de mon père et je ne l’exerce que s’il le veut ».
Jésus n’accepte pas de mettre la main sur cette puissance, il veut la recevoir de son père et la mettre uniquement au service de la volonté divine, à la différence d’Adam et Eve qui ont cédé à la tentation de mettre la main sur le fruit interdit, au lieu d’attendre que Dieu le leur donne.

20§ La Passion de Jésus fait sens par ce qu’elle a rendu possible de beau, de bon, de conforme à la volonté de Dieu : la victoire sur le mal et la mort pour toute la création, la réconciliation universelle de la création avec elle-même et avec Dieu, la communion de vie avec Dieu.


Merci de votre attention


© frère Franck Guyen, op – septembre 2025


[1Cet article fait suite aux échanges de la réunion du groupe de formation continue des Fraternités laïques dominicaines des Hauts-de-France le samedi 27 septembre 2025

[2« Pâtir », « patience », « passion » partagent la même racine latine pati

[4« Si tu es le fils de Dieu, manifeste publiquement ta puissance, saute du haut du Temple et tout le monde croira que tu es le Fils de Dieu en te voyant atterrir tout doucement » suggère Satan. Jésus refusera ce raccourci trompeur : il appartient à son Père de décider quand et comment Jésus manifestera sa toute-puissance.


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