Japon 2025 - Carnet de voyage
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Table des matières
*** Première semaine ***
Lundi 12 mai 2025
Le départ
J’ai réservé un trajet Lille - Bruxelles en train puis Bruxelles – Helsinki – Osaka en avion pour un prix raisonnable avec la compagnie Finnair.
Vous trouverez des photos des aéroports qui se ressemblent tous.
Mardi 13 mai 2025 – 1er jour
Arrivé à l’Aéroport international du Kansai, je prends un autocar pour la gare de Kyôto, puis un autre jusqu’à la maison des frères. Là, je suis accueilli par madame Murakami qui tient la maison (cuisine, courses, gestion du parking) et par le frère Masaki H.. Masaki a soutenu sa thèse en France en étant assigné au couvent de Saint-Jacques à Paris. Nous avons enchaîné sur un dîner de travail au restaurant
* Il faut se déchausser pour entrer. Des chaussons sont mis à disposition des visiteurs.
Mercredi 14 mai 2025 - 2e jour
En allant vers le quartier de Gion, je tombe sur des monuments érigés en mémoire de deux acteurs importants pendant la restauration impériale (ouvrant l’ère Meiji –voir l’article correspondant sur mon site internet), Sakuma Sozan et Omura Masujiro, tous deux assassinés par des extrémistes respectivement en 1864 et 1869.
Après avoir déjeuné, je reviens en longeant les berges de la « Rivière aux canards » Kamo gawa ; je passe devant le Kinder Garten (jardin d’enfants) tenu par les sœurs C.R.S.D. (Congrégation romaine de Saint Dominique)
Les actualités de la chaîne nationale NHK montrent les compétitions de sumo et de baseball, deux sports très prisés au Japon. Elles terminent sur le bulletin météo.
Jeudi 15 mai 2025 - 3e jour
Je monte pour la première fois sur une trottinette électrique louée chez Luup. Je m’entraîne sur les berges de la Kamo gawa et en remontant je tombe sur le défilé du Aoi Matsuri : des personnages défilent en costumes de l’époque Heian – voir l’article Heian sur mon site internet.
Je vous propose un tour sommaire de la maison construite dans les années 1930 dans le style de l’époque (voir les vitraux et les arcades). Le vitrail de la chapelle est plus récent. Il a été réalisé par le frère dominicain Albert Carpentier, décédé en 2022 (voir sa notice sur le site de l’Ordre des prêcheurs) qui a passé sa vie dominicaine au Japon.
La journée se termine sur un plat très chaud appelé nabe yaki au restaurant de nouilles Tengu (ce restaurant est connu pour fabriquer lui-même ses nouilles).
Vendredi 16 mai 2025 - 4e jour
Je pars pour la Quatrième avenue visiter le grand magasin Takayama. Je quitte l’ambiance de consommation survoltée de ce quartier de Kyôto ultra-touristique pour me retrouver au calme sur les berges de la Kamo gawa.
Cette rivière traverse Kyôto du nord au sud. Il est possible de traverser l’ancienne capitale du Japon en marchant tranquillement le long de ses berges.
C’est l’occasion de voir les auberges sur pilotis de la rue Pontocho.
Samedi 17 mai 2025 - 5e jour
frère Masaki travaille sur son livre.
[[Pour une vue d’ensemble de l’histoire du Japon, voir mon article : « Histoire du Japon – Panorama »
Album de la semaine 1
*** Deuxième semaine ***
Dimanche 18 mai 2025 - 6e jour-
Je rends visite au frère Peter Thoai, frère dominicain de la Province dominicaine du Rosaire. Il travaille pour le diocèse d’Osaka à la cathédrale Sainte-Marie construite en 1963.
C’est l’occasion de se familiariser avec le train nippon : Google maps propose de partir de la station Demachi yanagi (Kyôto) pour la station Morinomiya en passant par Kyobashi (Osaka), pour un peu plus d’une heure de trajet). Le plus simple est encore d’utiliser une carte de crédit Icoca (IC), plutôt que d’acheter les tickets au distributeur.
À noter : aux heures de pointe, des voitures sont réservées pour les femmes, afin d’éviter les voyageurs indélicats.
Arrivé à Osaka, je passe devant l’école missionnaire des sœurs salésiennes de Don Bosco avant d’arriver à la cathédrale. Deux martyrs, Takayama Ukon (1552-1615) et Hosokawa Gratia (1563-1600), figurent sur la peinture réalisée par l’artiste japonais DÔMOTO Inshô pour le mur nord de la cathédrale.
Frère Peter célèbre la messe en anglais à 14h00 et celle en vietnamien à 15h30 (il célèbre aussi la messe en japonais). Je prononce l’homélie à la messe de 14h00. Je suis impressionné de célébrer avec au fond le panneau représentant quelques-uns des vingt-six martyrs de Nagasaki, crucifiés en 1597 sous le deuxième réunificateur du Japon, TOYOTOMI Hideyoshi.
À la sortie de l’église, les fidèles philippins s’inclinent devant les prêtres et prennent leur main droite pour la poser sur leur front.
Frère Peter bénit ensuite la maison d’un couple de Vietnamiens qui ont émigré au Japon.
Leur arrivée au Japon provoque des frictions : les Japonais trouvent bruyants ces gens du Sud, et l’actualité fait ses gros titres des méfaits de quelques criminels étrangers, mais pour moi, l’avenir du Japon, en plein décrochage démographique, passe par ces étrangers honnêtes qui travaillent dur pour s’intégrer au pays et assurer l’avenir de leurs enfants.
Lundi 19 mai 2025 - 7e jour
Nous passons devant le château d’Osaka et ses douves.
Je pense à l’histoire tragique de TOYOTOMI Hideyori, fils de TOYOTOMI Hideyoshi, le deuxième unificateur du Japon : vaincu par le troisième unificateur du Japon, Ieyasu TOKUGAWA, il devra se suicider en 1615. Le clan TOKUGAWA exercera alors le pouvoir depuis Edo (l’actuel Tôkyô) jusqu’en 1868 et la restauration impériale de l’ère Meiji (1868-1912).
Un écho de cette tragédie se retrouve dans le roman de Yasushi Inoué intitulé « Le château de Yodo » publié en 1955.
Frère Peter me conduit ensuite à la maison dominicaine de Saint-Dominique à Nishinomya, inaugurée en 1989, qui relève de la Province dominicaine du Rosaire. Nous partons déjeuner avec frère Rafael de ladite province. Il a passé une bonne partie de sa vie au Japon et est maintenant à la retraite à Nishinomya. La maison contient des œuvres du frère dominicain artiste Albert Carpentier.
Frère Peter me ramène en voiture à la maison des frères à Kyôto. Je lui fais visiter la maison. Frère Peter repart pour éviter les bouchons.
Avec frère Masaki et le frère Yoneda, nous dînons en profitant de la bouteille de Bourgogne ramenée de France.
Mardi 20 mai 2025 - - 8e jour
Je pars avec frère Masaki pour Nara, la capitale du Japon avant Kyôto : bus jusqu’à la gare de Kyôto puis train jusqu’à Nara. Nous prenons un train de catégorie Limited Express, qui comme son nom ne l’indique pas, va plus vite que les trains Express : pour les emprunter, il faut passer par le guichet, la carte de crédit Icoca ne suffisant pas. Un groupe de lycéennes monte dans le même train, toutes en uniforme comme c’est la règle dans les écoles japonaises.
Arrivés à destination, nous rencontrons la foule des touristes harcelés par les daims. Les daims de Nara sont considérés comme les messages des divinités (kami en japonais) et à ce titre ils ne sont pas abattus ; comme par ailleurs, ils ne manquent pas de touristes pour les nourrir, ils se sont multipliés à grande échelle.
Le Musée national de Nara fête cette année ses cent trente ans avec une exposition spéciale. Je conseille de prendre l’audio guide pour bien profiter de la visite. L’exposition contient des œuvres venant de tout le territoire et le catalogue en rend bien compte.
C’est pour moi l’occasion de voir les originaux de reproductions d’œuvres religieuses bouddhistes que j’avais utilisées pour mes cours sur les traditions religieuses asiatiques à la Faculté catholique de Lille.
Je suis ému en particulier par la statue de Kūya 空也 (903-972) (et non pas Ippen 1239-1289), un pèlerin bouddhiste rempli de la foi au Bouddha Amida. Je retrouve aussi les rouleaux des destinées infortunées (le royaume des Enfers et celui des Esprits affamés).
Nous quittons Nara pour le temple bouddhiste de Hase (Hase dera en japonais, dera désignant un temple bouddhiste, à la différence de jinja, le sanctuaire shintô). Le village à flanc de montagne contraste par sa tranquillité avec l’agitation de Nara.
Le temple de Hase est accessible par un escalier assez raide. On notera les plaquettes votives en bois et les papiers avec les prédictions personnalisées laissées au temple pour que l’hôte céleste du temple s’en occupe. Le temple est connu pour sa statue du bodhisattva Kannon aux onze têtes en bois de 10 mètres de haut.
De retour à Nara, nous déjeunons d’un plat appelé sukiyaki. Le restaurant est fier de servir du bœuf de Yamato, moins connu cependant que le bœuf de Kobé.
Nous rentrons de Nara à Kyoto avec un changement à la station / gare de Tambabashi par un train Limited Express (tokkyû en japonais)
Mercredi 21 mai 2025 - 9e jour
Je prépare mon voyage pour Kumano Nachi Jinja, à cinq heures de Kyôto. C’est là que le pèlerin Ippen a vécu une illumination bouddhiste, et c’est surtout un des hauts lieux de la spiritualité japonaise avec une cascade sacrée dans la religion autochtone japonaise du Shintô (littéralement « la voie des divinités »)
L’après-midi, je filme la Kamo gawa tout en roulant sur une trottinette louée sur Luup. Comme le règlement de la compagnie de location demande de tenir le guidon à deux mains, j’ai coincé la caméra de poche dans un sac en bandoulière.
Le résultat est tout à fait correct, le stabilisateur de la caméra absorbant les secousses : voir les vidéos correspondantes, postées plus tard.
En attendant, pas d’images pour ce jour.
Jeudi 22 mai 2025 - 10e jour
Je travaille pour le Week-end au couvent du 6 au 8 juin 2025 que j’anime sur le thème du bonheur dans les Psaumes. C’est l’occasion de relire le psautier en entier soit 150 psaumes.
Je déjeune d’un bentô (mot générique pour désigner un plateau repas à emporter) fourni par le food truck garé dans l’hôpital universitaire. Il est possible au Japon de trouver des plats préparés pour moins de dix euros (voir en particulier les fameuses nouilles instantanées), même si sur le long terme la santé doit en pâtir.
Les saisons chaudes et humides favorisent la multiplication des insectes : j’ai ainsi le choc visuel de voir une scolopendre bleu foncé sortir de la bonde de l’évier - dans l’ancien temps, du fait de cette profusion de bestioles, les petits Japonais redoutaient d’aller l’été dans la cabane des toilettes au fond du jardin
Vendredi 23 mai 2025 - - 11e jour
Je me lève à 4h30 du matin afin de visiter Kumano Nachi Jingu dans la journée (cinq heures aller, cinq heures retour). Je n’arrive malheureusement pas à trouver la correspondance avec la Tanimachi line et, vu le temps perdu, je décide d’aller visiter à la place le temple de Taima (Taima dera).
Sur le trajet, je croise à la gare de Kashihara jingu mae un groupe de pèlerins nommés yama bushi, une tradition syncrétiste affiliée au bouddhisme ésotérique Shingon.
Le déjeuner de midi comprend des beignets de crevettes appelés tempura ; le mot et la recette proviendraient de l’arrivée des Portugais à la fin du XVe siècle. Les Portugais apportent aussi les armes à feu qui révolutionneront l’art de la guerre au Japon. Le patronage missionnaire portugais apporte aussi la religion chrétienne, et l’on mentionnera la mission au Japon du jésuite saint François- Xavier (1506-1552) de 1449 à 1451 (voir article sur mon site internet).
Arrivé au temple de Taima, je réalise plusieurs captures vidéo que je monterai à mon retour en France.
Une commerçante me fait entrer dans son échoppe. Une photo d’une Japonaise attire mon attention et je m’enquiers de son identité : il s’agit de la poétesse Kaneko Misuzu (1903 1930) , me répond la boutiquière en me montrant un livre sur elle avec des poèmes d’elle en japonais et en anglais. J’apprécie personnellement celui sur la baleine orpheline.
Vous pouvez trouver le compte rendu de la visite précédente d’avril 2009 audit temple : voir l’article correspondant sur mon site internet.
Samedi 24 mai 2025 - 12e jour
Repos à la maison des frères à Kyôto.
À 16h30, heure de Tôkyô, 9h30 heure de Paris, je participe en distanciel Zoom à la réunion de la cellule Gen’Active des Fraternités laïques dominicaines de la région des Hauts-de-France. Quand on y pense, c’est quelque chose d’arriver à réunir en visioconférence des personnes séparées par plus de dix mille kilomètres.
Pas d’images pour ce jour.
Vous pouvez visionner mon voyage au Japon de 2023 : Carnet de voyage au Japon. La vidéo dure 29 minutes.
Si vous souhaitez connaître la spiritualité de l’« amidisme » ou plus exactement de l’école de la Terre Pure du Bouddha Amida, dont relèvent le moine bouddhiste Ippen et le temple de Taima, je vous conseille l’article « La Terre Pure : une réponse de fond à une question de fond » sur mon site internet.
Album de la semaine 2
*** Troisième semaine ***
Dimanche 25 mai 2025 — 13e jour
L’archipel du Japon comprend les îles principales de Honshû, Kyûshû et Shikoku, sans compter Hokkaidô et Okinawa. Les villes de Kyôto et Tôkyô se trouvent sur l’île de Honshû, de même que Hiroshima. Frère Masaki et moi-même partons de Kyôto (île de Honshû) pour la ville de Nagasaki sur l’île de Kyûshû.
Nous avons prévu de rester à Nagasaki plusieurs jours, du dimanche 25 au mercredi 28 mai 2025 exactement, car cette ville a une histoire chargée : vingt-six chrétiens y sont morts martyrs en 1587, et, le 9 août 1945 à 11h02 du matin, elle a subi le feu nucléaire, trois jours après Hiroshima sur l’île de Honshû.
Le trajet dure environ cinq heures avec un changement à Hakata (préfecture de Fukuoka) puis à Takeo Onsen (préfecture de Saga) pour environ 780 km en traversant dans un tunnel sous la mer.
Le 9 août 1945, le bombardier Bockstar décollait des îles Marianne. La bombe Fat Boy devait être larguée sur un ciel dégagé, or la première ville ciblée, Kokura, était recouverte de nuages.
Une éclaircie sur Nagasaki, la deuxième ville ciblée, a rendu possible le largage de la bombe. Larguée de 10 000 mètres d’altitude, elle explosa à 500 mètres au-dessus du sol. Ses effets meurtriers furent de trois ordres : le rayonnement de chaleur, le souffle et les radiations.
Parmi les statues qui ornent le parc, la statue de la paix de Kitamura Seibo est la plus connue mais personnellement j’apprécie les autres statues représentant des femmes tenant un enfant dans leurs bras.
Le musée mentionne entre autres le dévouement des médecins et des soignants : « je pourrais fuir, mais je suis docteur, alors je reste » témoigne l’un d’entre eux. L’essai « Les cloches de Nagasaki » a été écrit en 1946 par un docteur catholique, NAGAI Takashi (1908-1951).
Le musée mentionne aussi la politique d’agression de l’Empire du Japon pendant la Seconde guerre mondiale et les souffrances qu’il a infligées à ses voisins, dont la Corée, la Chine, et les Philippines. Cette honnêteté dans le traitement de l’histoire mérite d’être soulignée dans le contexte d’un Japon tenté de réviser son passé.
Le musée ne réduit donc pas le Japon au statut de victime, mais il ne s’agit pas non plus de nier l’ultra violence infligée à la population civile les 6 et 9 août 1945, d’abord à Hiroshima puis à Nagasaki (pour ne pas parler du bombardement incendiaire de Tôkyô, pendant de celui de Dresde).
Nagasaki est aujourd’hui une ville animée avec des écoliers heureux de jouer ensemble.
Lundi 26 mai 2025 - 14e jour
Nous partons sur les traces des « chrétiens cachés » dans l’île de Fukue, l’île principale des îles Goto. Nous prenons l’hydrofoil à l’aller (1h30 de trajet) et le ferry au retour (3h00)
Rappelons que le clan Tokugawa a exercé le pouvoir de 1601 à 1868, date de la restauration de l’autorité de l’Empereur du Japon. Pendant ce qu’on appelle l’ère Edo, le pouvoir a fermé le pays aux étrangers, autorisant les commerçants étrangers uniquement sur l’île artificielle de Dejima à Nagasaki. Il a également interdit le christianisme, punissant de mort les chrétiens. Ceux-ci devaient pratiquer leur religion en cachette, d’où leur surnom de « chrétiens cachés ». Vu leur distance de Kyûhû, les îles Goto ont servi de refuge aux chrétiens persécutés.
Nous profitons d’un circuit touristique en bus pour visiter les différentes églises, et aussi les points de vue naturels. J’ai ainsi découvert que le Japon faisait partie du continent eurasiatique avant de s’en détacher il y a des millions d’année.
Le guide nous dit que la vie dans les îles Goto est agréable, mais que les jeunes ne restent pas : ils partent pour les grandes villes et ne reviennent pas.
Mardi 27 mai 2025 - - 15e jour
Nous continuons notre pèlerinage sur les traces des chrétiens persécutés en visitant Shitsu à Sotome, un village marqué par les nombreuses œuvres caritatives du père Marc Marie de Rotz (1840-1914), un prêtre des Missions étrangères de Paris vénéré par les Japonais qu’ils appellent le saint « Doro » (pour de Rotz).
Ce missionnaire polyvalent a exercé ses talents dans différents domaines : médecine, architecture, agriculture, artisanat. Il a fondé un orphelinat, un centre d’aide social et de formation où l’on produisait entre autres des macaronis, une ferme agricole. Profitant de la fortune familiale, il a fait construire l’église de Shitsu avec une technique de maçonnerie unique au Japon où l’on parle du Doro kabe, le mur de Rotz.
Les sœurs de la congrégation Marie de l’Annonciation qui ont participé à l’œuvre du père de Rotz continuent de faire vivre sa mémoire et son œuvre.
La providence met sur nos pas un descendant des « chrétiens cachés ». Il nous emmène dans sa voiture cubique (kei jidôcha « petite voiture »).
À l’abolition de l’interdiction du christianisme au Japon en 1873, les chrétiens persécutés ont rejoint l’Église catholique mais certains sont restés dans la religion de leurs ancêtres. Celle-ci s’est peu à peu transformée par rapport au christianisme originel, comme nous l’avons constaté en entendant notre guide réciter l’Ave Maria : le latin était difficilement identifiable.
Le guide nous emmène à l’endroit où un catéchiste nommé Bastian avait été arrêté. Bastian avait peut-être eu pour formateur un autre saint Jean que saint Jean de Goto, mort martyr.
Mercredi 28 mai 2025 - - 16e jour
Nous continuons notre pèlerinage sur les traces des chrétiens persécutés en nous rendant sur le lieu d’exécution des 26 martyrs du Japon (20 Japonais dont trois jésuites et 17 membres du tiers ordre franciscain ainsi que 6 missionnaires franciscains étrangers) le 5 février 1597. Ils avaient eu auparavant leurs oreilles coupées et ils avaient dû parcourir à pied la distance séparant Kyôto de Nagasaki. Ils ont été canonisés le 8 juin 1862 par le pape Pie IX.
Quelques dates
- alarmé par la présence espagnole aux Philippines conquises en 1565, le deuxième unificateur du Japon, le daimyô Hideyoshi TOYOTOMI (1537-1598), a ordonné l’expulsion des missionnaires chrétiens en 1587, sans effet au début ;
- le 19 octobre 1596, un galion espagnol, le San Felipe, en provenance des Philippines, s’était échoué sur l’île de Shikoku. Le commandant du navire aurait alors décrit les missionnaires comme l’avant-garde des armées espagnoles, ce qui aurait motivé la condamnation à mort des 26 martyrs le 5 février 1597 ;
- la persécution s’intensifie progressivement jusqu’en 1614, date de la proscription totale du christianisme sur tout le Japon par Hidetata TOKUGAWA, deuxième shôgun après Ieyasu TOKUGAWA ; la révolte de Shimabara (décembre 1637 à avril 1638) a contribué au durcissement de la persécution
- une dernière persécution à partir de 1867 s’abatte auparavant sur les chrétiens cachés d’Urakami, déportés en masse en janvier 1870 ;
- l’édit de proscription est aboli en février 1873 sous l’empereur Meiji. La liberté de religion sera accordée en 1889.
Frère Masaki et moi, nous nous rendons à la cathédrale d’Urakami, reconstruite après sa destruction le 9 août 1945. Le séminaire latin construit à côté est l’œuvre du père de Rotz que nous avons déjà rencontré.
Nous retournons à Kyôto où nous arrivons tard le soir.
Jeudi 29 mai 2025 - 17e jour
Repos. Pas de photos.
Vendredi 30 mai 2025 - - 18e jour
Je remonte en trottinette la rivière Takano gawa, un affluent de la Kamo gawa, en filmant le périple.
Samedi 31 mai 2025 - - 19e jour
–
Je filme la maison Saint-Thomas de Kyôto, du sous-sol à la terrasse. La descente au sous-sol ressemble à de l’urban exploration. J’avoue aimer cette maison à laquelle je trouve beaucoup de charme.
Avec frère Masaki, nous allons en repérage dans le quartier de Pontocho pour réserver un restaurant le lendemain, en prévision de la rencontre avec un couple d’amis. Le quartier étant très touristique, tout est en fait déjà réservé. Nous réservons alors dans un restaurant près de la maison des frères.
Dimanche 1er juin 2025, Solennité de l’Ascension, - 20e jour
Je pars pour célébrer l’Ascension de Notre Seigneur à la cathédrale de Kyôto (site internet en japonais). Le père Aimé Villion (1843-1932) des Missions étrangères de Paris y avait bâti une église en 1890. La cathédrale de Kawaramachi qui la remplace date de 1967.
Le père Villion avait été appelé en 1868 au Japon par Monseigneur Bernard Petitjean (1829-1884) qui avait découvert le 17 mars 1865 la survivance de chrétiens malgré la persécution (voir ce qu’en dit le père Villion).
Je rejoins l’église en trottinette en passant par les berges de la Kamo gawa. Il faut remonter au « Grand pont de la 3e avenue » (三条大橋 sanjô ôhashi). J’emprunte une autre trottinette après la messe, ce qui m’amène à traverser une galerie marchande à la japonaise.
En allant au restaurant avec frère Masaki, nous croisons les camions noirs bardés de haut-parleurs des ultra-nationalistes japonais. Le restaurant réservé par frère Masaki nous régale avec un menu typique de Kyôto.
Lundi 2 juin 2025, - 21e et dernier jour
C’est mon dernier jour à Kyôto. Mon avion décolle du Kansai Internatinal Airport à 22h10.
Frère Yoneda se joint au frère Masaki pour mon dernier déjeuner de midi à la maison.
Je dis au revoir à ma chère Kamo gawa.
Nous prenons une photo de groupe avec frère Yoneda et frère Masaki. Madame Murakami se joint à nous. Elle a assuré fidèlement ses différentes tâches au service de la maison : gérer le parking, cuisiner pour les frères, faire un peu de ménage. Elle part définitivement à la retraite au mois de juillet.
Mardi 3 juin 2025, Arrivée en Europe
L’avion atterrit à Helsinki à 6 h35, heure locale. Je stresse pendant le transit pour le vol Helsinki –Bruxelles, sachant que l’enregistrement pour l’avion pour Bruxelles ferme à 7 h 25 et qu’il faut passer les contrôles avant.
À Bruxelles, comme le T.G.V. (train grande vitesse) pour Lille part dans trois heures, je laisse mes bagages à la consigne de la gare de Bruxelles-Midi pour me rendre dans le quartier Sainte-Catherine où j’ai résidé avant d’entrer dans l’Ordre des Prêcheurs.
Souvenir, souvenir.
Album de la semaine 3
Fin du carnet de voyage 2025
Merci au frère Benoît-Marie F., prieur de mon couvent, et au frère Nicolas T., provincial de la Province de France, de m’avoir autorisé à aller au Japon.
Merci à ma mécène.
Merci à vous de m’avoir suivi dans mon périple au Japon.
Et un très grand merci au frère Masaki H. qui m’a consacré beaucoup de temps.
© frère Franck Guyen, o.p., juillet 2025
