Chasse aux sorcier(e)s - Chronologie et bibliographie
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| Bibliographie | Chronologie |
Chronologie
| ? | Dans la Bible, le livre de l’Exode dit : "Tu ne laisseras pas en vie la magicienne" [1]. |
| ? | Le Canon episcopi, censé avoir été rédigé au concile d’Ancyre en 314, nie la réalité des vols de sorcières : ce sont des femmes dupées par des fantasmagories du démon d’après le Canon . Accorder du crédit à ces prétendus pouvoirs serait se montrer stupide et même pire, hérétique, d’après le Canon. |
| 866 | le Pape Nicolas 1er [2] écrit au roi des Bulgares que la torture n’est permise ni par la loi divine ni par la loi humaine |
| 1233 | Grégoire IX a émis une bulle, Vox in Rama, dénonçant un culte démonolâtrique en Germanie, suite à la demande de Conrad |
| 15/5/1252 | La bulle Ad extirpanda d’Innocent IV [3] autorise la pratique de la question - de la torture - dans le cadre de l’Inquisition, sous réserve de ne conduire ni à la mutilation ni à la mort. L’accusé bénéficie de deux protections : la question ne peut être donnée qu’une fois, et les aveux doivent être répétés librement pour être recevables. Les clercs ne peuvent l’administrer ni y assister sous peine d’irrégularité. |
| 1326 | La bulle Super illius specula de Jean XXII [4] assimile certaines pratiques de sorcellerie à l’hérésie. |
| 1425 à 1450 | 258 exécutions pour sorcellerie dans le Dauphiné. Le juge laïc Claude Tholosan poursuit les crimes de sorcellerie de 1426 à 1449 dans le Briançon et écrit son expérience vers 1436 dans un Traité redécouvert au vingtième siècle |
| 1437 | Le dominicain Johannes Nider (environ 1380-1438) écrit Formicarius , "la fourmilière". Une partie du livre traite de la sorcellerie et sera repris dans le "Marteau des maléfices" de 1486. Nider s’appuie sur le témoignage d’un juge laïc, Pierre de Berne. |
| 1459 à 1461 | « Grande vauderie d’Arras » avec la mise en accusation pour sorcellerie de 29 personnes dont 10 femmes. 12 seront exécutées, dont 8 femmes. |
| 5 décembre 1484 | Innocent VIII [5] fulmine la bulle Summis desiderantes affectibus contre la sorcellerie qui se propage en Germanie. La bulle affirme le soutien du pape aux Inquisiteurs Sprenger et Kramer / Institoris. |
| 1486 | Les dominicains Jacques Sprenger (1436 environ -1496) et Henri Institoris (ou Heinrich Kramer - 1436-1505) [6] publient le "Marteau des sorcières" Malleus maleficarum. La bulle de 1484 figure en tête de l’ouvrage. |
| 1518 | Arrivée à Metz, ville d’Empire, de Heinrich Cornelius Agrippa de Nettesheim (1486 1535). Il défend une femme accusée de sorcellerie contre l’inquisiteur Nicolas Savin. Il quitte Metz en 1520. |
| 29 juin 1540 | 4 sorciers et sorcières sont brûlés vifs sur la place de Wittemberg |
| 1555 | Paix d’Augsbourg |
| 1563 | le médecin Jean Wier (1515-1588), disciple de Heinrich Cornelius Agrippa de Nettesheim, diagnostique dans la sorcellerie une forme de maladie qui n’appelle pas l’action de la justice, à l’encontre du Malleus maleficarum. Il exprime son opinion dans le livre De Praestigiis daemonum et incantationibus ac venificiis libri V qui a été traduit par : "Cinq livres de l’imposture et tromperie des diables, des enchantements et sorcelleries". Le livre sera traduit en allemand, français et anglais |
| 1570-1630 | période culminante des chasses aux sorcier(e)s. |
| 1574 | Le ministre calviniste Lambert Daneau publie le Dialogue des sorciers, vademecum des magistrats et des enquêteurs. |
| 1580 | Contre Jean Wier, Jean Bodin (1530-1596) écrit De la démonomanie des sorciers. |
| 1581–1593 | Procès de Trêves avec 368 exécutions. Le nombre exact d’exécutions dans la principauté est estimé à un millier, en l’absence de documents. L’archevêque électeur était alors Johann von Schönberg (1525-1599). source : Wikipedia |
| 1590 à 1592 | procès des sorcier(e)s de North Berwick (Écosse). Sous la torture, Gellie Duncan accuse trente personnes d’avoir pratiqué la sorcellerie, en particulier pour provoquer le naufrage du roi Jacques VI d’Écosse, futur roi Jacques 1er d’Angleterre. Ils seront étranglés et brûlés. Agnès Sampson et Cunningham, connu sous le nom de docteur Fian, figurent parmi les condamnés. |
| 25/3/1593 | Le théologien Cornelius Loos (1546-1595) doit se rétracter par rapport à son livre "De vera et falsa magia" - De la vraie et de la fausse magie - où il dénonce la persécution des sorcier(e)s dans le diocèse de Trêves |
| 1594 | Affaire de Dinteville en Champagne : Sébastien Breton et Jeanne Simoni son épouse sont poursuivis pour sorcellerie par le juge local. Jeanne Simoni est soumise à l’ordalie de l’eau puis on procède à la recherche de la marque du sabbat sur son corps. Elle meurt en prison avant sa condamnation à mort tandis que son mari est banni. Suite à l’appel de la famille, le juge est désavoué et démis de ses fonctions. |
| 1595 | Nicolas Rémy (v. 1525-1612) publie La démonologie. Il y expose son expérience de juge en matière de chasse aux sorcier(e)s : de 1576 à 1591, il a condamné au bûcher 900 personnes en Lorraine soit en moyenne 60 par an. Le livre sera traduit en allemand. |
| 1597 | Le roi Jacques VI d’Écosse, futur roi Jacques 1er d’Angleterre (1566-1625) écrit "Daemonoloy" où il confirme l’existence des sorcier(e)s serviteurs du diable et approuve leur persécution |
| 1598 | Anton Praetorius (1560-1613) écrit sous un nom d’emprunt le livre « Von Zauberey und Zauberern Gründlicher Bericht » (de l’étude approfondie de la sorcellerie et des sorciers) manifeste contre la persécution des sorcières et contre la torture |
| 1er décembre 1601 | interdiction générale de la "baignade" (ordalie de l’eau) par le Parlement de Paris après l’affaire de Dinteville de 1594 |
| 1602 (ou 1603 ? ) | Henri Boguet (1550-1619), juge en Franche-Comté, écrit le « Discours exécrable des sorciers », réédité douze fois en vingt ans. Il a condamné au bûcher en particulier Françoise Secrétain, accusée d’avoir rendu infirme une fillette de 8 ans, Louise Maillat. |
| 1604 | Appel de droit automatique des accusés pour sorcellerie, disposition reprise le 27 juin 1624, par le Parlement de Paris |
| 1608 | Le prêtre Francesco Maria Guazzo publie le "Compendium maleficarum " à Milan. Il y décrit les pactes avec le diable et les maléfices des sorcier(e)s. Le sous-titre en latin : "Ex quo nefandissima in genus humanum opera venefica, ac ad illa vitanda remedia conspiciuntur" pourrait se traduire par : "où l’on dévoile des œuvres infiniment néfastes pour le genre humain des empoisonneuses et les remèdes pour les éviter" |
| 1610 | deux possédées d’un couvent d’ursulines à Aix-en-Provence accusent un curé de Marseille, Louis Guafridy, de les avoir envoûtées. Le dominicain Sébastien Michaëlis instruit l’affaire qui aboutit à la condamnation à la peine de feu du curé. Le frère Sébastien Michaëlis publiera en 1613 "Histoire admirable de la possession et conversion d’une pénitente séduite par un magicien" à propos de l’affaire. |
| 1612 | procès des sorcières dans le comté de Lancaster. 11 personnes dont 9 femmes sont accusés, 10 sont condamnés à mort et pendues, un est reconnu non coupable. |
| 1612 | Le procès de Logrono en Espagne aboutit à la condamnation au bucher d’une dizaine de sorciers. Le délégué de l’Inquisition, Alonso de Salzar y Frias, démontre l’inanité du procès. Interdiction est faite de confisquer les biens des accusés. |
| 1612 | Pierre de Rosteguy de Lancre (1553-1631), conseiller du Roi au Parlement de Bordeaux, écrit : « Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons ». Envoyé pour purger le Labourd des sorciers et sorcières, il a fait condamner à mort 60 à 80 personnes. |
| Années 1630 | vagues de possession dont le sommet à Loudun en 1632 : des ursulines possédées dans le couvent de Loudun accusent le curé de la paroisse, Urbain Grandier, d’être à l’origine des phénomènes diaboliques dans le couvent. Le curé est exécuté. |
| 1626-1631 | Procès de Bamberg aboutissant à 200 exécutions. En tout, environ 1 000 personnes auraient été exécutées sous le règne du Prince-évêque Johann Georg Fuchs von Dornheim. La lettre d’un condamné, Johannes Junius (1573-6 août 1628), maire de Bamberg, décrit comment il en est venu à faire de faux aveux et dénoncer des innocents. Source : Wikipedia |
| 1626-1631 | Procès de Würzburg mené avec le soutien du prince évêque du lieu, Philipp Adolf von Ehrenberg, aboutissant à 157 exécutions par le feu, la plupart après décapitation. Philipp Adolf von Ehrenberg aurait fait brûler 900 personnes pendant son règne (1623–1631) dont son propre neveu, 19 prêtres catholiques et des enfants de sept ans accusés d’entretenir des rapports avec les démons. Source : Wikipedia |
| 1631 | Publication du traité Cautio criminalis, seu de processibus contra sagas du jésuite Friedrich Spee (1591-1635) qui dénonce les conditions d’instruction des procès en sorcellerie, dont l’usage de la torture. |
| 1635 | bulle du pape Urbain VIII [7] demandant de ne pas tenir compte des dénonciations des accusés en sorcellerie. |
| 1644 | début de la carrière de « dénicheur de sorcier(e)s » « witchfinder » de Matthew Hopkins (env. 1620 – 1647) dans l’East Anglia. Il aurait fait pendre et brûler 300 femmes entre 1644 et 1646. Son livre « The Discovery of Witches », « Débusquer les sorcières » publié en 1647, emprunte au livre « Démonologie » du roi Jacques VI d’Écosse. |
| Juillet 1682 | « Édit du roi pour la punition de différens crimes qui sont devins, magiciens, sorciers, empoisonneurs » en France : la sorcellerie est ramenée à une illusion |
| 1691 | Balthazar Bekker (1634-1698) écrit De Betoverde Weereld soit « Le monde ensorcelé » (plutôt que "Le monde enchanté"). Il y dénonce la croyance au pouvoir du démon, l’argument central de la chasse aux sorcières. |
| de février 1692 à mai 1693 | Procès des sorcières de Salem (Massachusetts) aboutissant à la condamnation à mort de 20 personnes dont 14 femmes (19 sont pendues, la dernière meurt par écrasement sous des pierres). La justice prononce sa sentence en s’appuyant sur la notion d’"évidence spectrale" : les victimes se plaignent d’être tourmentées par les spectres des accusés. En 1695, le quaker Thomas Maule dénonce la procédure juridique utilisée. |
Bibliographie
Sources
- Nicolau Eymerich, Francisco Peňa, Le Manuel des inquisiteurs de frère Nicolau Eymerich, dominicain, avec les commentaires de Francisco Peňa, docteur en droit canon et en droit civil - Avignon, 1376 – Rome, 1578 - Introduction, traduction et notes de Louis Sala-Molins, École pratique des hautes études et Mouton éditeur, 1973, 249 p.
- Sala-Molins, Louis, Le dictionnaire des inquisiteurs - Valence 1494, éditions galilée, 1980, 455 p.
- Henri Institoris, Jacques Sprenger, Le Marteau des Sorcières, Malleus Maleficarum, traduit du latin et précédé de L’Inquisiteur et ses sorcières par Amant Danet, Éditions Jérôme Million, [Plon, première version de la traduction, 1973], 2005, 539 p.
Travaux historiques
- Revue Histoire, économie et société, année 1985, volume 4 n°2,
- Albert Soman, "La décriminalisation de la sorcellerie en France", pp. 179-203
- Histoire du christianisme, tome 7, Mayeur J.-M., Pietri Ch. Et L., Vauchez A., Venard M. De la réforme à la Réformation (1450-1530), Desclée
- Chap IV La hantise du diable par Marc Venard, p. 1029-
- Henry Charles Lea, Histoire de l’Inquisition au Moyen-Âge, traduit de l’américain par Salomon Reinach, présenté par Bartolomé Bennassar, éditions Robert Laffont, 2004, 1458 p.
- Livre III - chap. VI : La magie et les arts occultes, p.1153-1236
- Livre III - chap. VII : Les sorcières, p.1236-1283
- Brian P. Levack, The Witch Hunt in Early Modern Europe,Routledge, ©1987 Taylor & Francis, third edition 2013
- Salmann, Jean-Michel, Les sorcières, fiancées de Satan, collection Découvertes, éditions Gallimard, 1er dépôt légal avril 1989, dépôt légal juillet 2000, 192 p.,
- L’Inquizizione, Atti del Simposio internazionale - Citta del Vaticano, 29-31 ottobre 1998, a cura di Agostino Borromeo, Comitato del grande Giubileo dell’Anno 2000 - Commissione Teologico-storica, Citta del Vaticano, Bibiloteca Apostolica Vaticana, 2003
- Gustav Henningsen, "La Inquiscion y las brujas", p. 567-605
- Cohn Norman, Europe’s Inner Demons - An Inquiry inspired by the Great Witch Hunt, London : Sussex University Press, 1975, 302 p.
[traduction française : Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen Age : fantasmes et réalités - trad. de l’anglais par Sylvie Laroche et Maurice Angeno, Paris : Payot, 1982, 315 p. - Boureau, Alain, Satan hérétique. Naissance de la démonologie dans l’Occident médiéval (1280-1330), Odile Jacob, 2004, 318 p.
- Inquisition d’Espagne, sous la direction d’Annie Molinié et de Jean-Paul Duviols,
- Ana Conde, "Sorcellerie et Inquisition au XVIe siècle en Espagne - L’exemple du diocèse de Cuenca : l’Inquisiteur Ruesta face à la Suprema : entre mythe et réalité", p. 95-107
- Franck Mercier et Martine Ostorero, L’énigme de la Vauderie de Lyon - Enquête sur l’essor de la chasse aux sorcières entre France et Empire (1430-1480), Sismel - Edizione del Galluzzo, 2015
- Revue d’Alsace n°134, 2008. Article "Frontières de la sorcellerie entre Alsace et Lorraine : entrelacs juridictionnels et variations contextuelles" de Maryse Simon p. 195-212
- Mélanges de l’École française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes. Année 1979 Volume 91 Numéro 1
- Pierette Paravy, "À propos de la genèse médiévale des chasses aux sorcières : le traité de Claude Tholosan, juge dauphinois (vers 1436)", pp. 333-379
- 図説 魔女狩り(ふくろうの本/世界の歴史) 黒川 正剛(著) - 出版社 : 河出書房新社– La chasse aux sorcières – Kurakawa Masatake (auteur) - Kawade (shobôshinsha) éditions, © mars 2011, 127 p.
- 図解 悪魔学 (F-Files No.027) 2010/6/25 - 草野 巧 Kusano Tsukami - 240ページ
発行年月日:2010年07月6日 – 2016年 2月 2 日 quatrième réédition 新紀元社 Shinkigensha
© esperer-isshoni.info, décembre 2016
[1] Ex 22,17
Voir aussi :
"Celui qui s’adressera aux spectres et aux devins pour se prostituer à leur suite, je me tournerai contre cet homme-là et je le retrancherai du milieu de son peuple" Lévitique 20,6
ou encore
"On ne trouvera chez toi personne qui fasse passer au feu son fils ou sa fille, qui pratique divination, incantation, mantique ou magie, personne qui use de charmes, qui interroge les spectres et devins, qui invoque les morts.
Car tout homme qui fait cela est une abomination pour le SEIGNEUR, et c’est à cause de telles abominations que le SEIGNEUR ton Dieu dépossède les nations devant toi." Deutéronome 18,10-12
Pour clore ce sujet, voir la rencontre du premier roi d’Israël, Saül, avec la sorcière d’Endor au chapitre 28 du premier livre de Samuel :
Or Samuel était mort, tout Israël avait célébré son deuil et l’avait enseveli à Rama, sa ville. Et Saül avait aboli la pratique de la divination dans le pays.
Les Philistins se rassemblèrent et vinrent camper à Shounem. Saül rassembla tout Israël, et ils campèrent à Guilboa. Saül aperçut le camp des Philistins : il eut peur et son coeur trembla violemment.
Saül interrogea le SEIGNEUR, mais le SEIGNEUR ne lui répondit pas, ni par les songes, ni par le Ourim, ni par les prophètes.
Saül dit à ses serviteurs : « Cherchez-moi une femme qui pratique la divination, que j’aille chez elle la consulter. » Ses serviteurs lui dirent : « Il y en a une à Ein-Dor. » .../....
[début du chapitre 28]
[La divination par les songes, par la parole autorisée des prophètes, et le tirage au sort sont donc des pratiques autorisées dans la Bible.]
[2] Nicolas 1er : v. 800 - 867, pape à partir de 858, 105e pape
[3] Innocent IV : 1180 1190-1254, élu en 1243
[4] 1316-1334
[5] Innocent VIII : 1432-1492 ; pape avignonnais élu en 1484
[6] Il semblerait que l’ouvrage n’ait en fait qu’un seul auteur, Henri Institoris, le nom du frère Jacques Sprenger ayant été ajouté pour donner plus de crédibilité à l’ouvrage.
[7] 1568-1644, élu 235e pape en 1623
